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  • Que manger à Ferrare : les plats qui racontent la ville (et là où finit la mer)

    Que manger à Ferrare : les plats qui racontent la ville (et là où finit la mer)

    Si vous vous demandez que manger à Ferrare, sachez que c'est une ville avec deux cuisines en une. D'un côté la cour des Este, le faste du banquet de la Renaissance, la courge et le cochon de l'arrière-pays. De l'autre, l'eau : les lagunes, le delta du Pô, l'anguille et le poisson bleu. Nous, aux Nuvole, nous sommes du côté de l'eau, nous sommes une trattoria de poisson, mais à Ferrare la terre et l'eau se tiennent par la main depuis toujours, et l'on ne comprend pas l'une sans l'autre.

    Alors, que manger à Ferrare ? Voici notre promenade : huit plats qui racontent la ville, de la table des ducs jusqu'à là où finit la mer. Pour chacun : d'où il vient, ce que c'est, et comment nous l'aimons.

    De la cour des Este

    La cuisine ferraraise naît à la Renaissance, quand à la cour des Este le banquet était un art. Le « scalco », celui qui organisait le banquet, comptait plus que le cuisinier. Deux noms reviennent dans tout récit honnête de cette cuisine : Cristoforo da Messisbugo, dont le livre de recettes paraît en 1549, et Giovan Battista Rossetti, avec son Dello Scalco de 1584. Presque tous les plats qui suivent partent de là.

    1. Cappellacci di zucca ferraresi

    L'origine. Ils sont IGP depuis 2016, et les pâtes aux œufs ferraraises sont documentées dès 1549 par Messisbugo. La courge est cultivée dans ces campagnes depuis 1570.

    Ce que c'est. Des pâtes aux œufs farcies de courge jaune « violina » cuite au four, de fromage, de chapelure, d'une pointe de noix de muscade. La forme rappelle le chapeau de paille du paysan, caplaz en dialecte. Une chose que nous répétons toujours : les cappellacci ferrarais n'ont pas d'amaretti, ce ne sont pas les tortelli de Mantoue.

    Comme nous les aimons. Le classique : beurre fondu et sauge, qui laisse parler la courge. Et dans le verre, un blanc mûr et salin du littoral, un Bosco Eliceo : la salinité de la mer sur un plat de terre. Voilà, dès le premier plat, la terre et l'eau qui se parlent.

    2. Salama da sugo

    L'origine. Une charcuterie IGP, aux racines Renaissance : la première mention date de 1492, et il existe une lettre de Laurent de Médicis au duc Hercule Ier d'Este pour le remercier de ce cadeau « précieux et très apprécié ».

    Ce que c'est. De la viande de porc avec du vin rouge et des épices (noix de muscade, cannelle, clous de girofle), embossée dans une vessie de porc, ficelée « en melon », affinée jusqu'à un an. Elle cuit à la vapeur, suspendue au-dessus de l'eau bouillante, pendant environ cinq heures. De la patience à l'état pur.

    Comme nous l'aimons. Chaude, tranchée, avec de la purée de pommes de terre. À côté, une Fortana pétillante du Bosco Eliceo : l'acidité et les bulles allègent et équilibrent le gras. C'est le plat le plus « de cour » de la liste : important, riche, pour les grandes occasions.

    3. Pasticcio di maccheroni alla ferrarese

    L'origine. Attention ici : ce n'est pas une IGP. Il fait l'objet d'un projet de De.Co., Denominazione Comunale d'Origine, l'appellation communale de la ville de Ferrare. Il descend des « pastelli » de viande médiévaux et Renaissance, et les macaronis arrivent du Sud avec le mariage, en 1473, d'Hercule d'Este et d'Éléonore d'Aragon, fille du roi de Naples.

    Ce que c'est. Une coque de pâte sablée sucrée garnie de macaronis, de ragù, de béchamel et de truffe, en dôme, cuite au four. Le beau, c'est le contraste : sucré dehors, salé dedans. Traditionnellement, c'est un plat de Carnaval.

    Comme nous l'aimons. Comme une petite merveille baroque à découper à table. Qui pense au « timballo » du Guépard n'est pas loin : même idée de pâtes cachées sous une croûte.

    4. Coppia ferrarese

    L'origine. Le pain IGP de la ville. Messisbugo le cite en 1547 sous le nom de « pane intorto », pain tordu, dans les comptes de dépenses pour la table du prince Alphonse II. Ce pain tordu, c'est la Coppia d'aujourd'hui.

    Ce que c'est. Deux bras torsadés qui forment un « éventail à quatre cornes » ; les pointes s'appellent crostini. Croûte sèche et croquante comme un gressin, cœur moelleux. (Il existe aussi une légende qui la relie aux boucles de Lucrèce Borgia : charmante, mais c'est une légende, pas de l'histoire.)

    Comme nous l'aimons. Comme pain de trattoria, tout simplement. Ces crostini croquants sont faits pour se casser et saucer, ou pour accompagner un verre en attendant le premier plat.

    Et puis la mer finit

    Ici, nous descendons vers l'eau, et c'est chez nous. Les Valli di Comacchio, les lagunes de Comacchio, se trouvent dans le parc du delta du Pô, entre le Pô, le Reno et l'Adriatique : roselières, miroirs d'eau saumâtre, le seul delta d'Italie, patrimoine de l'UNESCO avec Ferrare. Depuis toujours, on y pêche et on y élève : anguilles, bars, crevettes de lagune.

    5. Anguilla marinata di Comacchio

    L'origine. Celle-ci non plus n'est pas une IGP : c'est un Presidio Slow Food. La méthode de marinade est codifiée depuis le Règlement de 1818, rien de moins, et on la pratique encore à la Manifattura dei Marinati de Comacchio, dans la « Sala dei Fuochi », la salle des Feux, avec ses douze grandes cheminées.

    Ce que c'est. De l'anguille sauvage de lagune, cuite à la broche et mise en saumure : pour chaque litre de vinaigre de vin blanc, environ 70 grammes de sel de Cervia, un verre d'eau, une feuille de laurier. L'anguille naît dans la mer des Sargasses et revient boucler la boucle ici ; on la pêche avec les lavorieri, d'octobre à décembre. On dit qu'à Comacchio il existe quarante-huit recettes d'anguille.

    Comme nous l'aimons. C'est le plat-drapeau des lagunes, le plus nôtre par l'esprit. Vinaigre, sel, fumée de bois : sévère et magnifique. Sur le vinaigre de la marinade, nous allons volontiers vers un Sauvignon du Bosco Eliceo, sec et légèrement acidulé, qui équilibre le gras de l'anguille.

    6. Brodetto di valle

    L'origine. La soupe de poisson de l'Adriatique naît à bord des bateaux de pêche, pour utiliser les prises les moins nobles. Côté ferrarais, la référence est celle des lagunes : le brodetto d'anguille « a becco d'asino » de Comacchio.

    Ce que c'est. De l'anguille avec de l'oignon, du vinaigre et du concentré de tomate ; l'hiver, il existe aussi la variante au chou vert. Cuisine pauvre, de récupération, de patience.

    Comme nous l'aimons. Profond, lent, à saucer avec du pain. C'est le plat qui raconte le mieux la vie des lagunes : rien de précieux dans les ingrédients, tout dans le temps et dans la main. Ici, sur les plats acides de la région de Comacchio, la Fortana tranquille du Bosco Eliceo tient mieux que les blancs. (Et un brodetto di valle n'est pas un « plat ferrarais DOP », aucun ne l'est : c'est de la tradition, et c'est très bien comme ça.)

    7. Poisson bleu : sardoncini et alici

    L'origine. Sardines et anchois de l'Adriatique, le poisson bleu du littoral de Ferrare et de Romagne. Aux Lidi di Comacchio, on les prépare frits puis marinés avec du vinaigre et du laurier, la même logique « à l'ancienne » que l'anguille.

    Ce que c'est. Un poisson pauvre, abondant, durable. Frit et mariné, ou scottadito, à peine saisi sur le gril.

    Comme nous l'aimons. Beaucoup. C'est le cœur d'une trattoria de mer honnête : pas de trophées, seulement de la fraîcheur. Des sardoncini chauds, une bulle paysanne du Bosco Eliceo, et on est bien, sans se presser.

    8. Pampapato di Ferrara

    L'origine. Le gâteau IGP depuis 2015. Il naît au XVIe siècle dans le couvent cloîtré du Corpus Domini : les moniales préparaient un pain épicé pour les hauts prélats à Noël. La forme rappelle la coiffe du cardinal, le « pain du pape ». L'enrobage de chocolat, lui, est une idée récente : un pâtissier ferrarais, en 1902.

    Ce que c'est. Une calotte d'amandes, de fruits confits, de cacao, de noix de muscade et de cannelle, recouverte de chocolat noir. L'un des rares gâteaux sans matière grasse ajoutée.

    Comme nous l'aimons. En fin de repas, par petits morceaux, tranquillement. Il boucle la boucle : on était parti du banquet des Este, et l'on finit avec un gâteau né à côté de leur cour.

    (Une précision, parce que ceux qui cuisinent y tiennent : la torta tenerina, l'autre grand gâteau ferrarais, n'est pas une IGP, c'est un Prodotto Agroalimentare Tradizionale, un PAT. Délicieuse quand même.)

    Questions fréquentes

    Quel est le plat typique de Ferrare ?
    Il n'y en a pas qu'un : la ville vit d'un couple. S'il faut choisir le symbole de la table de terre, les cappellacci di zucca ; celui de l'eau, l'anguille de Comacchio. Ensemble, ils racontent Ferrare mieux que n'importe quel plat seul.

    Les cappellacci di zucca sont-ils IGP ?
    Oui, ils sont IGP depuis 2016. Attention, en revanche, à ne pas appeler IGP tout le reste : le pasticcio di maccheroni est un projet De.Co. communal, la tenerina est un PAT, l'anguille de Comacchio est un Presidio Slow Food. Ce sont des reconnaissances différentes, et les confondre est l'erreur la plus courante.

    Où mange-t-on du poisson à Ferrare ?
    Le fil à suivre est celui des lagunes : anguille, brodetto di valle, poisson bleu de l'Adriatique, et les petites huîtres de Goro, dans notre delta. Cherchez les adresses qui raisonnent par saison et par terroir, plus que par nom ronflant. Et oui, chez nous aussi : c'est exactement ce que nous essayons de porter à table.

    Si vous passez par ici

    Huit plats ne font pas toute Ferrare, c'est une promenade, pas un recensement. Mais si vous les mettez bout à bout, de la cour des Este jusqu'à là où l'eau devient saumâtre, vous avez compris de quoi cette ville est faite : double, entre faste et lagune, entre courge et anguille.

    Nous, nous sommes du côté de la mer et des lagunes, avec les vins des sables à la cave. Si vous avez envie de goûter ce versant de Ferrare, la table est prête. Et si vous finissez à Comacchio devant une assiette d'anguille qui n'est pas la nôtre, c'est très bien aussi : c'est toujours la même histoire, et c'est une belle histoire.

  • Ferrare avec les enfants : une journée entre remparts, château et nuages

    Ferrare avec les enfants : une journée entre remparts, château et nuages

    Un enfant, en voiture, qui demande où l'on va. Et nous qui répondons : regarder les nuages. Ça marche presque à tous les coups. Parce que Ferrare, vue à hauteur de sept ans, est une ville faite exprès : plate, lente, avec des murs rouges qui ressemblent à un château à dessiner et beaucoup de ciel au-dessus. Là-dessous, au fond, il y a nous aussi.

    Si vous vous demandez que faire à Ferrare avec les enfants sans transformer la journée en marche forcée de musée en musée, nous vous racontons comment nous la vivrions. Une chose à la fois, avec les bonnes pauses. Pas de hâte : c'est notre métier, au fond.

    On commence à vélo, sur les remparts

    Ferrare est la ville des vélos, et ce n'est pas une façon de parler. Environ 90 % des Ferrarais en possèdent au moins un, et un quart des trajets maison-école-travail se fait en pédalant, sur plus de 200 km de pistes cyclables. Traduit pour qui arrive avec des enfants : ici, le vélo est la règle, pas l'exception. Les voitures s'y attendent.

    La plus belle façon de commencer est de monter sur les remparts : un anneau d'environ 9 kilomètres qui enlace le centre historique, praticable à pied et à vélo entre bastions, tours et portes. Inutile de tout faire. Un bout suffit largement. On pédale au-dessus de la ville, à l'ombre des arbres, et les enfants filent devant sans le souci de la circulation. De l'herbe, des roues, le souffle court et quelques chutes sans gravité : la première vraie étape, c'est celle-là.

    Depuis le Corso Ercole I d'Este, on rejoint la Porta degli Angeli, un bon point pour monter ou descendre. Et si l'un des petits lève la tête et s'arrête pour regarder le ciel qui change, eh bien, nous le comprenons très bien nous aussi.

    Le Castello, avec les douves et les tours

    Puis il y a lui, le Castello Estense. Le symbole de la ville : quatre tours, les briques rouges en terre cuite, les balustrades blanches, les ponts-levis. Et tout autour, ce que les enfants préfèrent : les douves pleines d'eau. Un vrai château, avec de l'eau autour, en plein Ferrare. Difficile à expliquer, facile à regarder.

    On en fait le tour, on compte les tours, on cherche les ravelins. On peut monter à la Torre dei Leoni, pour ceux qui ont des jambes et de l'envie. Ici, nous ne vous donnons ni horaires ni tarifs, ils changent souvent, et la dernière chose que nous voulons est de vous envoyer devant une porte fermée : un coup d'œil rapide au site officiel avant de partir et vous êtes tranquilles.

    Même seulement de l'extérieur, de toute façon, le Castello fait son effet. C'est un de ces endroits qui restent aux enfants plus que bien des récits.

    Le Parco Bassani, pour courir vraiment

    Après les murs et les tours, il faut de l'espace. Beaucoup. Vous le trouverez au Parco Urbano Giorgio Bassani, la grande zone verte au nord, entre les remparts et le Pô, qui porte le nom de l'écrivain ferrarais. Il est immense, on parle d'environ 1 200 hectares, ce que l'on appelle l'Addizione Verde, l'« addition verte ». Ici, les enfants peuvent enfin courir sans que personne ne dise « attention ».

    C'est l'endroit du pique-nique, du ballon, de la couverture sur l'herbe. Celui où l'on arrive plein de ville et d'où l'on repart plein d'air. Emportez de quoi manger et laissez-les libres : un parc comme celui-là, au fond, c'est le meilleur musée pour qui a peu d'années. Et au-dessus, encore, les nuages. C'est presque une habitude, par ici, de se mettre à les regarder.

    Le delta et les flamants roses, si vous avez une journée entière

    Si l'envie est de s'élargir au-delà de la ville, le gros lot, c'est le delta du Pô. Ici, le grand fleuve rencontre l'Adriatique, et l'office de tourisme le présente comme une destination faite pour les familles : excursions en bateau, en canoë, à cheval, observation des oiseaux, oasis à découvrir.

    Ce qui laisse bouche bée, petits et grands, ce sont les Valli di Comacchio, les lagunes de Comacchio : on part en bateau chercher les flamants roses, vraiment roses, debout dans l'eau peu profonde. Pour les enfants, c'est une sorte de magie. L'été, il y a aussi des sorties avec guide pour approcher les oiseaux et visiter les casoni, les cabanes des pêcheurs, le long des canaux.

    Et s'il pleut, ou s'il faut un abri à l'ombre, il y a à Comacchio le Museo Delta Antico, pensé aussi pour les plus petits : les vestiges de la ville étrusque de Spina, la cargaison d'un navire naufragé il y a plus de deux mille ans, des vidéos immersives, des installations à sentir et des parcours à toucher avec les mains. Pas le musée habituel où l'on ne fait que regarder.

    Une journée à hauteur d'enfant

    En mettant les choses bout à bout, une journée sensée peut ressembler à ceci :

    1. Les remparts à vélo, un bout de l'anneau, départ pratique depuis la Porta degli Angeli. Au-dessus de la ville, à l'ombre, sans circulation.
    2. Le Castello Estense, tour des douves, comptage des tours, montée à la Torre dei Leoni pour les plus grands (horaires sur le site officiel).
    3. Le Parco Bassani, course libre, ballon et pique-nique sur l'herbe. Le moment pour souffler.
    4. Le delta et les Valli di Comacchio, la grande sortie, en bateau, à la recherche des flamants roses. À garder pour quand vous avez une journée rien qu'à vous.

    Quatre étapes, mais pas une obligation. Même seulement les trois premières, faites doucement, font déjà une belle journée. Le secret, avec les enfants, c'est d'enlever, pas d'ajouter.

    Questions fréquentes

    Que faire à Ferrare avec les enfants ?
    Le circuit classique, sans stress : un bout des remparts à vélo, le Castello Estense avec ses douves et ses tours, et une course libre au Parco Bassani. Avec une journée de plus, l'excursion au delta du Pô et aux flamants roses des Valli di Comacchio en bateau. Peu de choses, faites calmement.

    Peut-on visiter Ferrare à vélo avec des enfants ?
    Oui, et c'est la meilleure façon. Ferrare est la ville des vélos en Italie : des pistes cyclables partout et l'anneau des remparts, environ 9 km entièrement praticables loin des voitures. Un bout à la fois, à la mesure de leurs jambes.

    Et à la fin de la journée

    Quand les enfants sont fatigués de la bonne manière, la belle, avec les joues rouges et moins de mots que d'habitude, on revient à table. Nous sommes là, une petite trattoria de poisson, avec l'odeur qui vient de la cuisine et aucune hâte. Ce n'est ni un endroit pour enfants ni un endroit pour adultes : c'est un endroit pour les familles, ce qui est autre chose.

    Si vous passez, la table est prête. Et si par hasard, dehors, le ciel s'est mis à « nuvolare », à faire des nuages comme on dit chez nous, faites-le-leur remarquer : à Ferrare, regarder les nuages, c'est déjà la moitié du plaisir.

  • Où prendre l’apéritif à Ferrare : les quartiers, l’ambiance, un verre de vin des sables

    Où prendre l’apéritif à Ferrare : les quartiers, l’ambiance, un verre de vin des sables

    La bonne heure, c'est celle où la lumière baisse et où la ville ralentit encore un peu. Ferrare est déjà lente de nature, silencieuse, à taille humaine, à traverser à pied et à vélo, mais à l'heure de l'apéritif elle devient franchement paisible. On sort, on s'assoit, on attend que le soir arrive. Et alors la question est simple : où prendre l'apéritif à Ferrare, et avec quel verre à la main.

    Nous, aux Nuvole, nous avons une petite idée là-dessus. Nous vous racontons les quartiers, l'ambiance qui change d'une place à l'autre, et le vin que nous aimons servir quand le soleil s'en va : frais, salin, de ces terres. Pas de classements, pas d'adresses qui changent au fil des saisons. Seulement les endroits où cela a du sens de s'arrêter, et pourquoi.

    Le Listone : Piazza Trento e Trieste

    Quand on arrive à Ferrare et qu'on demande où l'on prend l'apéritif, tôt ou tard on finit ici. La Piazza Trento e Trieste, le Listone, comme tout le monde l'appelle, est le cœur de la vie citadine dans le centre historique, l'espace théâtral entre la cathédrale et son musée.

    C'est la place des grandes occasions : vaste, fréquentée, de passage. Le long du flanc de la cathédrale court la Loggia dei Merciai, et c'est d'ici que part la Via Mazzini. L'ambiance est celle du « tiens, je te vois, je te salue » : on s'assoit et tôt ou tard passe quelqu'un que l'on connaît. Bien pour qui veut être au milieu des choses, avec la façade du Duomo, ce mélange de roman et de gothique, en toile de fond pendant que la lumière décline.

    Via delle Volte : l'apéritif à l'ombre des vòlti

    Changez de quelques centaines de mètres et tout change. La Via delle Volte, c'est la Ferrare médiévale, l'une des rues les plus évocatrices de la ville : l'axe de la « Ferrare linéaire » qui a grandi entre le VIIe et le XIe siècle. Le nom vient des vòlti, les passages aériens et les arches qui reliaient autrefois les entrepôts de la rive du fleuve aux boutiques vers le centre.

    Ici, l'ambiance est intime, un peu secrète. Pierre, brique, ombre. Des bâtiments du XIVe et du XVe siècle qui se referment au-dessus des têtes. C'est le bon quartier pour un apéritif lent, de ceux qui deviennent un dîner sans qu'on s'en aperçoive. Moins de vitrine, plus de conversation.

    Autour du Castello : les douves et les quatre tours

    Puis il y a le Castello Estense, le symbole de Ferrare : quatre tours dans les douves, briques rouges en terre cuite, balustrades blanches, ponts-levis. S'asseoir ici pour l'apéritif a quelque chose de théâtral, l'eau tout autour, la masse du château qui s'assombrit pendant que le ciel reste clair encore un instant.

    C'est le quartier le plus « carte postale », et c'est très bien comme ça : certains soirs, un verre vaut la peine rien que pour regarder la Torre dei Leoni d'en bas. D'ici, si l'envie vous prend, vous pouvez pousser vers le Corso Ercole I d'Este, l'axe monumental long de presque deux kilomètres, jusqu'à la Porta degli Angeli et à l'anneau des remparts, neuf kilomètres de verdure à parcourir à pied ou à vélo. Ce n'est plus l'apéritif : c'est l'après. Mais c'est bon de savoir que cela existe.

    Une perle : la plus vieille osteria du monde

    Nous ne résistons pas. Si l'apéritif ferrarais a un lieu-symbole, c'est l'Enoteca Al Brindisi, à côté du Duomo, Via Guglielmo degli Adelardi : considérée comme la plus vieille osteria du monde, attestée dès 1435 (alors Hostaria del Chiucchiolino). Au XVe siècle, on y arrivait en barque. Difficile de faire plus « apéritif de terroir ».

    Nous la citons avec plaisir, parce qu'à Ferrare la générosité profite à tout le monde : une ville avec une osteria de six siècles est une ville où l'idée même de s'arrêter pour boire un verre a des racines profondes.

    Ce que l'on boit : le vin des sables

    Et là, nous entrons chez nous. Parce que l'apéritif, à Ferrare, peut être un geste de terroir plutôt qu'un verre quelconque.

    À quelques kilomètres du centre, entre la province, le delta du Pô et la côte adriatique, naît la DOC Bosco Eliceo, les « vins des sables », appelés ainsi parce qu'ils poussent sur des sols composés jusqu'à 95-97 % de sable, héritage du Pô, du Reno et des bonifications. Le cépage roi est la Fortana, la vieille « Uva d'Oro », le raisin d'or, cultivée depuis des siècles par ici.

    Ce sont des vins à l'âme précise : degré d'alcool modéré (autour de 10,5-11 %), belle acidité, et cette note légèrement saline qui vient de la mer toute proche. Légers, agréables, souvent pétillants. En un mot : faits pour l'apéritif. La salinité du sable, au fond, c'est la même chose que nous cherchons dans le poisson de ces lagunes, c'est le fil qui relie la vigne à la table.

    À essayer, quand l'occasion se présente, le Fortana Rosé, le mousseux que le Consorzio propose justement comme apéritif, un rosé de terroir à la place de l'habituel blanc anonyme. Et si vous aimez les vins vivants, cherchez les refermentés en bouteille des petits vignerons du Bosco Eliceo, comme ceux de Mirco Mariotti : des vignes franches de pied à quelques centaines de mètres de l'Adriatique, des « bulles paysannes » salines et un peu sauvages. Pas de champagne. Quelque chose de plus à nous.

    Notre apéritif

    Nous sommes une trattoria de poisson, pas un bar de place, mais un verre avant de passer à table, nous savons ce que cela veut dire. La cave d'Eli est « toujours en mouvement », faite de vignerons artisans et de vins nature, et le vin des sables y est chez lui : nous le débouchons volontiers quand le soir commence, peut-être avec quelque chose de la mer pour vous faire glisser vers le repas, sans hâte.

    Si l'apéritif sur les places vous donne envie de rester, le pas de la Fortana à une table de poisson est plus court qu'il n'y paraît. Mais ça, à la rigueur, c'est une autre soirée.

    Questions fréquentes

    Où prend-on l'apéritif à Ferrare ?
    Les quartiers classiques sont au nombre de trois : le Listone (Piazza Trento e Trieste), le cœur animé de la ville près du Duomo ; la Via delle Volte, la rue médiévale la plus intime et la plus évocatrice ; et les abords du Castello Estense, théâtraux, avec les douves et les tours. À côté du Duomo, il y a aussi Al Brindisi, la plus vieille osteria du monde, attestée depuis 1435.

    Que boit-on à l'apéritif à Ferrare ?
    Le verre de terroir, c'est le vin des sables du Bosco Eliceo : la Fortana fraîche et légèrement saline, souvent pétillante, et le Fortana Rosé proposé justement comme apéritif. Sinon, les refermentés en bouteille des petits vignerons du Bosco Eliceo, des vins vivants et salins, nés sur des vignes à deux pas de la mer.

    Si vous passez

    Ferrare est une ville qui récompense ceux qui ralentissent. Choisissez la place qui vous ressemble, commandez un verre de ces sables, et laissez la lumière faire son travail. Puis, si la faim vient, et l'envie de mer avec, vous savez où nous sommes : la table est prête, sans hâte.

  • Ferrare en une journée, à pied et à vélo : la ville de la Renaissance

    Ferrare en une journée, à pied et à vélo : la ville de la Renaissance

    Une ville qui se visite sans se presser. Briques rouges, larges rues qui filent en perspective, ruelles médiévales qui débouchent là où on ne les attend pas. Ferrare n'est pas pressée, et nous non plus.

    Si vous vous demandez que voir à Ferrare en une journée, la réponse courte est : plus que vous ne le pensez, et sans courir. C'est une petite ville, plate, faite pour les jambes et pour le vélo. Nous vous racontons ici la journée comme nous la ferions, nous, aux Nuvole : départ du Castello, arrivée le soir. Qui est, soit dit en passant, le moment que nous préférons.

    Ferrare, ville de la Renaissance (et patrimoine mondial)

    Commençons par une chose que l'on tient pour acquise à Ferrare, et qui ne devrait pas l'être. Depuis 1995, la ville est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom de « Ferrare, ville de la Renaissance, et son delta du Pô » ; l'inscription a ensuite été étendue en 1999 pour inclure le delta et les Delizie Estensi, les résidences de campagne des ducs d'Este.

    L'UNESCO la décrit comme la première ville à avoir placé l'harmonie des perspectives urbaines avant la beauté du bâtiment isolé. Dans nos mots : ce qui compte, ce n'est pas seulement le palais, c'est la façon dont on le regarde en arrivant de loin. Cela se comprend en marchant, plus qu'en lisant. Gardez-le en tête : cela vous servira plus loin, quand nous entrerons dans le quartier qui a rendu Ferrare célèbre chez les urbanistes du monde entier.

    Le Castello Estense, d'où l'on part toujours

    Le Castello Estense, le château des Este, est le symbole de la ville, et c'est là que tout le monde se donne rendez-vous. Quatre tours, les douves pleines d'eau, les briques rouges en terre cuite, les balustrades blanches, les ponts-levis. Une vraie forteresse, médiévale, encore entière. On peut monter à la Torre dei Leoni : de là-haut, on comprend d'un coup d'œil comment Ferrare est faite, le vieux qui rencontre le neuf.

    À partir d'ici, les distances sont dérisoires. Tout ce que nous vous racontons tient à quelques centaines de mètres. C'est pour cela que Ferrare se fait bien en une journée : vous ne perdez pas de temps à vous déplacer, vous le passez à regarder.

    La cathédrale, le Listone et l'ancien ghetto

    À deux pas du Castello s'ouvre la Piazza Trento e Trieste, que les Ferrarais appellent le Listone : pour beaucoup, c'est le cœur de la ville, l'espace ouvert et théâtral où les gens passent, s'arrêtent, se donnent rendez-vous.

    Sur un côté se dresse la Cattedrale di San Giorgio Martire, la cathédrale Saint-Georges, le Duomo. La façade est un dialogue entre deux époques : la partie basse romane, commencée en 1135, avec le saint Georges terrassant le dragon signé du sculpteur Nicholaus ; la partie haute gothique. Le long de la place court la Loggia dei Merciai, les vieilles boutiques adossées à l'église. L'entrée est gratuite.

    Du Listone part la Via Mazzini, qui était, dit-on, la rue principale de l'ancien ghetto juif. C'est un morceau de Ferrare qui vaut la peine d'être connu : on y trouve le MEIS, le Musée national du judaïsme italien et de la Shoah, Via Piangipane, qui raconte plus de deux mille ans d'histoire des juifs en Italie. Si vous avez le temps et l'envie, c'est une halte qui laisse une trace.

    Via delle Volte, la Ferrare médiévale

    Maintenant, un conseil de notre part, nous qui vivons à Ferrare. Engagez-vous dans la Via delle Volte.

    C'est une rue médiévale, l'axe de la Ferrare ancienne qui a grandi entre le VIIe et le XIe siècle. Le nom vient des vòlti : les passages suspendus et les arches qui reliaient autrefois les entrepôts de la rive du fleuve aux maisons-ateliers vers le centre. Aujourd'hui, le fleuve n'est plus là, mais les arches, si. Pénombre, pavés, bâtiments de six ou sept cents ans. C'est la Ferrare la plus secrète, et par lumière rasante, c'est aussi la plus belle à photographier.

    Le Palazzo dei Diamanti et l'Addizione Erculea

    Et nous voici à la partie qui fait de Ferrare un cas d'école. Prenez le Corso Ercole I d'Este : un axe tout droit, long de presque deux kilomètres, qui file du Castello jusqu'aux remparts au nord. Pas un commerce, pas une enseigne. Seulement des palais et de la perspective.

    C'est le cœur de l'Addizione Erculea, l'« addition herculéenne », l'agrandissement qu'Hercule Ier d'Este confia en 1492 à l'architecte Biagio Rossetti. Rossetti doubla la ville vers le nord avec un plan orthogonal, rationnel, et fondit le noyau médiéval dans la nouvelle extension. C'est pour cela que Ferrare est souvent citée comme l'un des tout premiers exemples de ville moderne en Europe, celle qui, dit-on, a inventé la notion de plan d'urbanisme.

    Au milieu du Corso s'ouvre le Quadrivio degli Angeli, le carrefour théâtral sur lequel donnent quatre palais. Le plus célèbre est le Palazzo dei Diamanti : il doit son nom à son revêtement extérieur, environ 8 500 blocs de marbre blanc veiné de rose, taillés en pointe de diamant. Il change de couleur avec la lumière du jour. À l'intérieur, la Pinacoteca Nazionale et les grandes expositions internationales. Cela vaut la peine de jeter un œil à la programmation avant de partir, car elle change d'une saison à l'autre.

    Le Palazzo Schifanoia et le Salone dei Mesi

    S'il vous reste de l'énergie (et de la curiosité), il y a un autre endroit que nous gardons dans le cœur : le Palazzo Schifanoia, et à l'intérieur son Salone dei Mesi, le salon des Mois.

    C'est l'un des plus grands cycles de fresques de la Renaissance, peint entre 1468 et 1470 à la demande de Borso d'Este par les peintres de l'Officina Ferrarese, dont Francesco del Cossa et Ercole de' Roberti. Des douze mois d'origine, sept restent lisibles, de mars à septembre : divinités, signes du zodiaque, scènes de cour. Un calendrier peint, grouillant de vie. Le nom du palais, « Schifanoia », voulait dire en gros « fuis l'ennui ». Une déclaration d'intention qui nous plaît beaucoup.

    Les remparts : 9 km d'anneau vert, de préférence à vélo

    Fermons la boucle là où Ferrare donne le meilleur d'elle-même à qui veut rester dehors : les remparts.

    Ils entourent le centre historique sur environ neuf kilomètres, un anneau continu de bastions, de tours et de portes, entièrement praticable à pied et à vélo. Depuis le Corso Ercole I d'Este, on rejoint la Porta degli Angeli, là où l'Addizione Erculea touche la limite nord de la ville. Là-haut, tout n'est que verdure, silence et vélos. Et c'est ici que Ferrare enlève son masque de livre d'histoire pour redevenir simplement un bel endroit où respirer.

    Un détail qui dit tout : à Ferrare, environ 90 % des habitants ont un vélo, et certains l'appellent la ville la plus cyclable d'Italie, avec plus de deux cents kilomètres de pistes. Si vous le pouvez, prenez-en un. La ville est plate et les distances minuscules : pédaler ici n'est pas un sport, c'est la manière naturelle de se déplacer.

    Le soir, chez nous

    À ce stade, il fait presque nuit, les jambes ont marché, et Ferrare se vide doucement. C'est l'heure que nous préférons. La lumière baisse, les briques prennent des tons orangés, et l'envie vient de s'arrêter.

    Nous sommes là, une petite trattoria de poisson à quatre mains : Paolo en cuisine, Eli en salle et à la cave, avec ses vignerons artisans. La mer et les lagunes de notre territoire, quelques plats hors carte racontés de vive voix, du bon vin et aucune hâte. Après une journée passée à regarder en l'air, cela nous semble la bonne façon de la finir : assis, au chaud, devant quelque chose de bon.

    Si vous passez par ici, la table est prête.

    Questions fréquentes

    Que voir à Ferrare en une journée ?
    Quelques heures suffisent pour le cœur de la ville : le Castello Estense, la cathédrale et le Listone, la Via Mazzini avec l'ancien ghetto, la Via delle Volte médiévale, le Corso Ercole I d'Este avec le Palazzo dei Diamanti, et un tour sur les remparts. S'il reste du temps, le Palazzo Schifanoia avec le Salone dei Mesi. Tout est proche : inutile de courir.

    Ferrare est-elle classée à l'UNESCO ?
    Oui. Depuis 1995, elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO comme « Ferrare, ville de la Renaissance », et depuis 1999 la reconnaissance inclut aussi son delta du Pô et les Delizie Estensi.

    Ferrare se visite-t-elle mieux à pied ou à vélo ?
    Les deux fonctionnent : le centre est petit et se fait très bien à pied. Mais c'est une ville plate et très cyclable, parmi les plus cyclables d'Italie, donc pour les remparts et pour s'éloigner un peu, le vélo est le choix naturel.